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Une autre case concerne ceux qui me sont chers, à commencer par mes parents. Ils vieillissent alors forcément, cela me travaille. Jusqu’à présent, ils sont plutôt en forme : mal de temps en temps à droite ou à gauche mais rien de grave, les traits forcément un peu plus tirés qu’avant… ils sont très occupés par leurs différentes activités dont la principale est le bridge. Jamais, je ne l’aurais crû mais je crois qu’ils en sont accrocs : au début, ma mère allait aux compétitions à reculons, poussée par mon père qui a toujours aimé les cartes. Puis, un jour, je l’ai trouvée en train de réviser ses coups sur la tablette ! Ils jouent très régulièrement et même en vacances, ils s’organisent pour trouver un club, pour ne pas perdre la main !  Ils ont aussi beaucoup de relations, invitent  et se font invités. Ils arrivent à s’échapper dans la maison de famille ou en voyageant. Alors, quand j’ai besoin qu’ils gardent les enfants, il faut que je les réserve de bonne heure car leur agenda de ministre se remplit à toute vitesse ! L’air de rien, ils ont 66 ans cette année et je ne peux m’empêcher de penser au jour où l’un des deux ne sera plus là.

En fait, j’y pense depuis que la mère de mon mari est décédée, du jour au lendemain : le 1er de l’an en 2014, après un arrêt cardiaque : elle se sentait un peu fatiguée après avoir bien fêté la fin d’année la veille au soir. Alors, elle est allée se poser en début d’après-midi. De notre côté, mon mari avait prévu d’appeler ses parents après notre sieste ; comme chaque année, nous n’avions pas vraiment fait la fête pour fêter la nouvelle année, mais nous avions envie d’une sieste. Moi, j’avais appelé mes parents en plein concert du nouvel an. Au réveil de notre sieste, mon mari a donc appelé ses parents pour leur souhaiter la bonne année. Mais il n'a eu que son père; les pompiers emmenaient sa mère à l’hôpital car elle venait de faire un arrêt cardiaque. Malheureusement, deux semaines après, elle était toujours dans le coma et son activité cérébrale était nulle ; c’est ainsi que les médecins nous ont suggéré, le 13 janvier,  de la débrancher des appareils qui la maintenaient en vie. Nous avons souhaité attendre le surlendemain car le 14 janvier est la date anniversaire de ma cadette et nous ne voulions pas que son anniversaire soit aussi l’anniversaire de la mort de sa grand-mère. C’est ainsi que le 15 janvier, elle nous quittait.

Alors, depuis, je suis encore plus  consciente que mes parents peuvent partir dans l’autre monde du jour au lendemain ; sans parler de la douleur immense que je ressentirai, je m’en voulais de ne pas savoir ce que mes parents souhaitaient pour leur mort, où ils souhaitaient être enterrés, comment gérer tout leur patrimoine… Pendant un peu plus d’un an, j’ai gardé cela pour moi et ces angoisses se sont ajoutées à celles qui m’empêchaient de dormir. Puis un jour, j’ai osé aborder la question avec mes parents : certes, la démarche ne m’a pas été facile mais cela m’a beaucoup apaisée d’en parler avec eux. Mon père a été plus loquace : il a toujours été philosophe mais aussi très croyant, alors la mort, pour lui, est juste une continuité, le déroulement normal des choses. Elle fait partie de la vie. Ma mère est angoissée par la mort comme moi, elle a donc préféré écouter mon père. Malgré tout, étant l’ainée, chacun m’a exprimé ses souhaits. Depuis ce jour, je prie pour que ces confidences ne me soient utiles le plus tard possible. Il est sûr que ces échanges n’ont été évidents pour personne, mais je me sens mieux maintenant à ce sujet…  même si tout au fond de moi, j’ai toujours ce petit tictac qui me dit de bien profiter de mes parents car leur présence n’est pas éternelle. Alors, si je ne suis pas toujours d’accord avec eux, si ma mère me raconte plusieurs fois la même histoire ou si mon père me prodiguer tous ces conseils, ce n’est rien… un jour, je pleurerai de ne plus les entendre…

Et puis, il y a mon petit frère  qui n’est pas très bien en ce moment, ma meilleure amie qui mérite tellement d’être heureuse et que nous avons invitée un week-end en vacances avec nous… et puis, il y a tous les autres qui me sont chers avec qui j’ai partagé mes joies, mes peines et écouté les leurs…