malotru-caddy

De retour à la maison, j’entreprends de ranger rapidement la maison : avec 3 enfants, le rangement est un éternel recommencement ! Table du petit déjeuner pas débarrassée, chaussures et manteaux qui traînent dans l’entrée, tri du linge pour la lessive que je lancerais après les courses… car oui, le frigo est vide, alors mission remplissage !

Arrivée au supermarché, je me briefe intérieurement : «  achète l’essentiel, ne t’attarde pas dans les rayons »… comme si le montant du ticket de caisse était lié au temps passé en magasin ; tout cela pour ne pas avoir trop à réfléchir et à gérer des cas de conscience… mais c’est finalement bien mal me connaître : déjà regardante sur les prix, je pousse le vice : à chaque produit, je compare, cherche le produit stické avec remise. Si pour les produits classiques, je ne cherche pas à changer les habitudes d’achat, je cogite à deux fois pour certains produits comme les fameuses pastilles pour le lave-vaisselle ; ainsi, je suis tentée de prendre les pastilles de la marque de l’enseigne au lieu de prendre les habituelles « 3 en 1 qui font briller ma vaisselle », convaincue que mon lave-vaisselle ne verra pas la différence et ma famille non plus ! En attendant mon budget courses en serait allégé de 2 euros. J’hésite…pars… et finalement reviens pour prendre les pastilles moins chères ! Et là, c’est mon côté raisonnable qui prend le dessus, ce côté qui, je le sais, agace au plus haut point mon mari mais je me dis que nous ne pouvons pas décemment continuer à consommer comme avant en sachant que «  mon revenu » est diminué quasi de moitié !  Si ce n’est pas moins qui fait attention, qui le fera ? Alors, je scrute tous les produits stickés : c’est l’avantage d’avoir un congélateur, même proches de leur date de péremption, je peux les stocker et les consommer beaucoup plus tard. Finalement, j’arrive en caisse avec un caddie moyennement rempli avec l’ingénieuse idée de revenir plus souvent pour profiter plus régulièrement des promotions, des produits stickés…En regardant mon ticket de caisse, me vint une idée : et si je calculais ce que j’avais économisé et le but serait d’économiser encore plus la prochaine fois…l’occasion de transformer la corvée des courses en jeu ! Pour aujourd’hui, le verdict est de 20% d’économie !! Quid au prochain passage en caisse ?

 A peine arrivée à la maison, je reçois un texto de mon mari me demandant si j’ai fait les courses et si j’ai pensé à acheter des pastilles pour le lave-vaisselle. Contente de ne pas avoir failli, je lui réponds par l’affirmative. Mais il insiste : «  tu n’as pas acheté le 1er prix ? ».  Ouf, non je n’avais pas acheté le 1er prix et là, même si je savais que je ne lui mentais pas, je savais aussi que j’allais avoir une réflexion… c’est quand même fou que la seule question à laquelle il ait pensé soit celle sur les pastilles de lave-vaisselle !! Faut dire que le lave-vaisselle et lui, c’est quasiment une histoire de couple : tous les soirs, je monte coucher les enfants et lui finit de ranger la cuisine, nettoie ce qui ne rentre pas dans le lave-vaisselle, met la fameuse pastille dans le panier du lave-vaisselle et l’envoie. A l’entendre, il n’y a que lui qui sait bien remplir le lave-vaisselle et toute initiative fantaisiste de ma part ou celle des enfants le fait lever les yeux au ciel comme si l’enjeu était extrême… alors quoi de plus normal qu’il sache que nous n’étions pas loin d’être en rupture de pastilles et quelles sont celles qui sont les plus efficaces….Alors, mieux valait s’attendre à une réflexion et à préparer une parade à son retour pour détendre l’atmosphère…

Une fois  les courses rangées, il est déjà l’heure d’aller chercher mon garçon. J’ai vraiment l’impression de ne pas avoir fait grand chose. A 11h30 devant l’école, je me retrouve à attendre que les enfants sortent en compagnie des autres mamans qui ne travaillent pas ou qui ne travaillent pas le mercredi ou des grands-parents dont c’est le rôle et le bonheur de s’occuper des petits-enfants le mercredi. Cela me rappelle mon congé parental ; celui-ci non plus, je ne l’avais pas choisi : ma nounou nous ayant lâchement abandonnés juste avant les fêtes,  je n’avais pas réussi à trouver de remplaçante pour la nouvelle année mais avec le recul,  je n’étais peut-être pas plus motivée que cela à en trouver une… cela est une autre histoire mais cela m’a valu quelques séances chez une psychologue : à croire que déjà à ce moment-là, une pause était nécessaire ! Pourtant, je ne l’assumais pas : au lieu de cela, à bien y réfléchir et à analyser les choses avec impartialité, je présentais la situation comme n’ayant pas d’autre choix, que je n’avais personne pour s’occuper de mes enfants et que pour le bien-être de la famille, il me fallait prendre un congé parental jusqu’à la rentrée suivante. Mais au fond de moi, je pense que je désirais m’accorder cette pause avec mes enfants mais que cela n’était pas envisageable pour la super-woman que j’étais ou tout au moins que je croyais être ; quelque chose me poussait à montrer qu’avoir trois enfants, travailler en tant que cadre dans la distribution était chose possible, que ce n’était qu’une question d’organisation…ça, c’est mon côté «  sois forte » mais qu’est-ce que cela est bête de définir un chemin de vie en fonction du regard des autres, de ce qu’ils vont penser si j’ose montrer une faiblesse ! La «  sois-forte » doit assurer, faire, ne pas demander d’aide, remercier les autres qui se proposent par un «  merci, ça va aller ! » mais c’est fatiguant alors la pause, je l’ai prise quand elle s’est faite inéluctable et ai profité de mes trois enfants en plein âge de découvertes et d’émerveillements. Je ne regrette pas cette période où j’étais dans le présent, à vivre l’instant : l’instant des sourires, des jeux, des 1ers jours à l’école, des 1ers mots de lecture, des 1ers pas car bizarrement, cette période a été symbole de beaucoup de 1ers et finalement, je m’en serais voulue de ne pas avoir été présente car comme qui dirait si : «  le temps passé ne se rattrape guère, le temps perdu ne se rattrape plus…».  Mais une fois de plus, je me disperse… alors, me revoici à la sortie de l’école, à attendre mon loulou et rapidement, il sort et avec un grand sourire dit à ses copains : « Oh, y a ma maman ! »  et nous voilà repartis vers la maison mains dans la main et mon garçon me raconte en détails toute sa matinée : son travail et les devoirs qu’il a à faire pour le lendemain, les histoires  qu’il y a eues à la récréation… Peu de temps après notre retour à la maison, ce sont mes filles qui sont de retour du collège et mon mari de son travail. Tous sont affamés et rien n’est prêt !! Mon mari, avec un clin d’œil, me glisse : «  c’est bien la peine d’avoir une femme à la maison, si le repas n’est pas prêt à l’heure… ». Je sais qu’il rigole mais il a raison, je dois assurer au moins là-dessus ! Alors, ce sera pâtes et 10 minutes plus tard, mes 4 affamés se régalent avec des coquillettes au gruyère et au ketchup. Une fois la table débarrassée, et le lave-vaisselle rempli, j’observe mon mari du coin de l’œil prendre une pastille dans le pot à lait (héritage de mon mari de la part de ses grands-parents à qui nous avons trouvé une belle reconversion : réservoir de pastilles pour lave-vaisselle, ce qui est, faut avouer assez esthétique et plutôt à la mode de nos jours où le vintage retrouve toute sa noblesse). Je ne peux m’empêcher de sourire et avant qu’il n’ouvre la bouche, je m’empresse de dire : «  je n’ai pas pris le 1er prix… ». Mais cela ne l’a pas empêché de me sermonner : «  Virginie, tu ne vas pas commencer à faire ça… cela va m’énerver si tu continues à faire des économies à deux balles… tes pastilles, c’est de la merde, cela ne lave pas bien…jette-moi ça ! ».  Pas question de jeter mais je me suis engagée à acheter à l’avenir des pastilles de marque juste après lui avoir demandé si la prochaine fois, je pouvais acheter une boisson citronnée de marque propre au lieu de celle achetée habituellement, ce qui fait une économie de quasi 1 euro par semaine et ce qui ne devrait pas fondamentalement changer le goût de sa citronnade…il a souri et m’a dit oui ! Mon combat n’était pas vain !! Mais, connaissant mon mari, je sais par avance que cette histoire de pastilles de lave-vaisselle  n’en restera pas là et va devenir un sketch que nous allons jouer devant famille et amis…

Bon, je n'ai pas senti le terrain favorable pour lui parler de mon nouveau petit jeu...peu importe, c'est un jeu qui peut se jouer avec un seul joueur!